Billet 3 - Actes de la préparation des ateliers - 28/11/2008 (CFB)
Le 28 novembre dernier se tenait une réunion préparatoire pour établir les bases des futurs ateliers sur la diffusion du cinéma belge en Belgique francophone.
En présence de Jacques-Henri Bronckart (Versus Productions), Stephan De Potter (Cinéart), Denis Delcampe (Need Productions), Eliane Du Bois (Cinéart), Aurore Engelen (FIFF), Barbara Firquet (FIFF), Eric Franssen (WBImages), Nicole Gillet (FIFF), Luc Jabon (SACD), Philippe Kauffmann (La Parti Productions), Joachim Lafosse (réalisateur), Catherine Lemaire (Les Grignoux), Bruno Plantin-Carrenard (UGC), Philippe Reynaert (Wallimage), Joseph Rouschop (Tarantula), Thierry Vandersanden (Communauté française).
Eliane Du Bois :
Je pense que ces rencontres portent deux objectifs finaux :
- Mieux connaître le métier de chacun, et connaître les réalités de terrain de tous les interlocuteurs. Pour cela, il faut évidemment veiller à ce que tous les secteurs soient représentés,
- Faire des propositions concrètes à soumettre non seulement aux pouvoirs publics, mais aussi à d'autres partenaires éventuels.
La solution qui me semble naturelle pour ce faire, serait de constituer un groupe de travail restreint de professionnels qui s'engagent de façon forte (car cela demande une grande disponibilité d'esprit et de temps), plutôt que de devoir convaincre à chaque étape des personnes relativement réticentes.
Je voulais également ajouter que le souci du cinéma belge francophone s'inscrit dans une problématique plus vaste, celle du cinéma d'auteur en général. Le cinéma belge ira mieux si le cinéma « Art et Essai » va mieux, et si les distributeurs sont en bonne santé.
Philippe Kauffmann :
Il est clair que l'état du cinéma belge est corrélatif à l'état de santé du cinéma « Art et Essai » en général, dans la mesure où la plupart des films dont nous parlons sont des films d'auteur. Sur le plan intellectuel, cette crise est partiellement celle du public face aux films d'auteur. Cela dit, il y a quand même des points plus techniques sur lesquels nous pouvons nous interrogeons, et qui relèvent d'une problématique spécifiquement belge, comme les questions des aides publiques, de la création d'un label belge, etc.
Nicole Gillet :
Dany Habran proposait au téléphone de créer un groupe de réflexion, à l'image du Groupe des 13, qui pourrait s'appuyer sur un cas pratique, revenant sur toutes les étapes de sortie d'un film belge francophone « classique ».
Denis Delcampe :
Je ne pense pas que le parcours supposé parfait d'un film belge classique soit un bon exemple : on connaît les tenants (10 copies, des prix en festival), et les aboutissants (5.000 spectateurs). J'ai le sentiment que les films belges sont dévalorisés par rapport aux autres films d'auteur. Je suis partant sur le principe d'un groupe de réflexion, si cela aboutit sur des mesures très concrètes soumises aux partenaires institutionnels. On peut imaginer beaucoup de choses, par exemple de restituer la projection cinéma à l'école plutôt que les DVD, de taxer la billetterie et les produits dérivés, de créer une carte d'abonnement commune au Vendôme et à l'Arenberg
Il y a des solutions assez simples, mais qui évidemment demandent un certain investissement.
Thierry Vandersanden :
Avant de pouvoir discuter efficacement, je voudrais préciser quelques chiffres, car ils tordent le cou aux idées reçues. On estime qu'un film d'auteur, toutes nationalités confondues, réalise en Belgique 3 à 10% des entrées réalisées par le même film en France. La fréquentation totale en France était de près de 178 millions de spectateurs en 2007, et de 22 millions en Belgique (soit environ 12.8%) de la fréquentation française. Pour la Communauté Wallonie Bruxelles, on avait 11 millions de spectateurs, soit 6.4%. Ce sont des moyennes, car l'on s'aperçoit vite qu'il y a des disparités énormes selon les films.
Pour les films majoritaires belges, ils réalisent en moyenne 16% des entrées françaises, et on atteindra vraisemblablement le chiffre de 20% en 2008. Pour les films minoritaires, c'était 17% en 2007 (mais avec des films néerlandophones comme Man Zkt Vrouw et Khadak qui n'ont été quasiment pas vus en France), et 6% seulement en 2008.
Au vu de ces chiffres, on ne peut donc pas parler de rejet du cinéma belge auprès du public belge. Il existe donc une identité ou identification des films belges, et elle a un sens, elle ne génère selon les chiffres pas d'a priori négatif.
Par ailleurs, on parle de désertification des salles, mais qu'en est-il vraiment sur une période assez longue ? En 1980, il y avait 20 millions d'entrées, contre 22 en 2008. On a atteint un plus bas en 1988 avec 15 millions de spectateurs, mais l'audience a remonté depuis. Elle oscille légèrement depuis 5/6 ans, mais elle s'est tout de même stabilisée.
Stephan De Potter :
Ces chiffres donnent une vue d'ensemble, mais il serait intéressant de s'intéresser de plus près aux résultats des salles « Art et Essai », comparés à ceux des multiplexes. On sait que nos salles « Art et Essai » ne sont plus au niveau, qu'elles ont connu une vraie perte de qualité.
Thierry Vandersanden :
Effectivement, un rapport commandé par l'association Diagonale fait état de cette dégradation. Les pouvoirs subsidiants ont amorcé une réponse en proposant que la subvention de 100.000€, allouée aux salles « Art et Essai » pour l'accueil du public, puisse être investie à hauteur de 50% dans l'achat de matériel afin d'améliorer la qualité des projections.
Philippe Kauffmann :
Des groupes de travail sont déjà constitués, et traitent de questions très techniques, notamment au niveau de l'UPFF, de l'ABDF. Essayons de communiquer avec ces groupes, afin de ne pas faire le même travail, et de partager nos conclusions.
Le rôle de notre groupe, qui se caractérise par sa transversalité, se situe au niveau du débat d'idées. Même si je ne suis pas forcément pour, je pense que l'on doit par exemple se poser la question du label, car je pense qu'il s'agirait d'un moyen de mobiliser les médias.
Denis Delcampe :
C'est clair que les flamands aujourd'hui ont fait le choix du label flamand, et en récoltent les fruits. Mais c'est un travail de longue haleine, ça se compte en dizaine d'années. On ne pourra pas aboutir au même résultat en 2 ans, or il faut des solutions rapides, en plus d'un travail de fond.
Joachim Lafosse :
Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que si le label flamand fonctionne localement, il est un handicap à l'international, et on ne doit pas sacrifier la force de notre cinéma, qui est justement son succès à l'international.
Eric Franssen :
L'idée d'un groupe de travail est séduisante, et peut sûrement porter ses fruits, mais il faut également résoudre certaines choses très concrètes. Il faut lister les problématiques, et identifier les interlocuteurs concernés. Si on veut développer l'affichage de proximité par exemple, il faut s'adresser aux communes
Il faut également être bien informé de ce qui est déjà fait ou en cours, comme la modification de l'aide à la promotion, ou la création d'Universciné Belgique.
Philippe Reynaert :
Le but ici n'est surtout pas de créer une nouvelle association professionnelle. Il faut travailler avec celles qui existent pour les questions techniques. Je pense que l'aspect transversal et interprofessions de ce groupe est crucial.
Joachim Lafosse :
Il faut aussi savoir qui a du pouvoir parmi nous ? Qui peut faire bouger les choses ? On peut aussi se créer notre propre légitimité, à l'image du Club des 13 dont on parlait tout à l'heure
Joseph Rouschop :
On doit formuler des objectifs. Je commencerai par dire que l'on doit harmoniser ce qui se fait entre la Wallonie et Bruxelles.
Catherine Lemaire :
Je pense que le fait de mettre en place une structure transversale de réflexion, qui se réunisse régulièrement, et réfléchisse de concert sur certaines problématiques est déjà une première proposition.
Stephan De Potter :
Réunir tous les secteurs d'activité sur des projets et des propositions en commun, c'est ce qu'il y a de plus difficile, mais c'est ce qui nous permettra d'arriver à quelque chose d'intéressant.
Eliane Dubois :
On ne doit d'ailleurs pas oublier d'évoquer les questions de promotion directement liées à la production.
Denis Delcampe :
On doit s'interroger sur le type de produit que l'on met sur le marché. On sait très bien que le public est plus ou moins sensible, on ne peut pas attendre les mêmes résultats pour tout.
Philippe Reynaert :
On doit créer des axes de réflexion, et se concentrer sur la situation en Belgique, car nous n'avons pas vraiment de problème d'exportation. On a même une très bonne moyenne, sur le plan européen, surtout car nous sommes de très gros coproducteurs.
Thierry Vandersanden :
Ce succès à l'international est une force, il ne faut pas le remettre en cause, et faire le débat de la production.
Philippe Reynaert :
Il y a une différence entre le cinéma belge (en général d'auteur), et le cinéma d'auteur tout court, c'est que dans le cas du cinéma belge, ses acteurs (réalisateurs, auteurs, comédiens) sont à portée de main, et peuvent donc contribuer à dynamiser la promotion des films. C'est un travail commun que d'uvrer à une meilleure diffusion.
Par ailleurs, sûrement faudrait-il repenser l'aide à la promotion, lui donner de nouveaux outils. Depuis 8 ans chez Wallimage, pas un seul euro n'a été justifié en promotion, alors que ces dépenses sont éligibles pour accéder à notre fond.
Joachim Lafosse :
Il ne faut pas se voiler la face non plus. On sait très bien qu'un producteur belge ne gagne pas sa vie sur le succès en Belgique des films, mais bien sur leurs ventes à l'international. Du coup, il a moins de raison financière d'investir dans la promotion.
Denis Delcampe :
Je ne pense pas qu'il faut forcément faire plus de promotion pour faire plus d'entrées, mais c'est une question à débattre. On remarque la même chose au niveau du Tax Shelter que chez Wallimage, il n'y a pas de dépense pour la promotion.
Catherine Lemaire :
L'un des problèmes de l'affichage, c'est que tout est concentré à Bruxelles. La Wallonie manque cruellement d'affichage.
Philippe Reynaert :
On pourrait également imaginer une émission de télévision diffusée sur toutes les chaînes locales. On sait que toutes ces chaînes mises ensemble font plus d'audience que la RTBF2. On pourrait s'appuyer sur la Communauté française pour inciter ces chaînes à produire une émission sur le cinéma belge.
Catherine Lemaire :
Il est clair que l'on n'apporte pas assez d'attention aux outils locaux de promotion. La télévision locale de Liège est très regardée, et les émissions y passent en boucle. Ce sont des chaînes subventionnées, elles devraient donc jouer le jeu de la promotion.
Joseph Rouschop :
Un bel exemple serait la diffusion des films sur le câble communautaire. Il y a des discussions à ce sujet en ce moment. Il faudrait pour ça que la RTBF diminue la clause d'exclusivité de son achat de droits de 7 à 2 ans. Les chaînes pourraient acheter les droits des films à des prix très avantageux, et en échange auraient des obligations en termes de promotion.
Denis Delcampe :
C'est quelque chose que je pratique déjà avec Télé Bruxelles : je leur donne des courts métrages, et en échange, ils m'offrent des campagnes de pub.
Bruno Plantin-Carrenard :
L'un des problèmes actuellement, c'est que la promotion est concentrée sur des médias très chers, comme la télévision, les flancs de bus, etc. C'est un mécanisme de mimétisme, où l'on imite les grands distributeurs, qui eux ont les moyens. C'est coûteux, et ça assèche les canaux alternatifs, qui sont souvent pourtant les plus percutants. On doit rester attentif à la diversité des medias utilisés dans les campagnes de promotion. Aujourd'hui, internet et les réseaux téléphoniques sont complètement ignorés en Belgique. Les flamands s'en servent un peu notamment pour « vendre » leurs avant-premières. Ce sont des medias qui ont une grande efficacité.
Eric Franssen :
Le gouvernement et l'administration sont en train de mener eux aussi cette réflexion sur la diffusion. Il faut tirer partie de cette convergence d'intérêt. La Communauté française peut jouer un rôle concernant les télévisions locales, elle peut être à l'initiative d'un projet de mise en réseau
Philippe Kauffmann :
L'un des noeuds du problème, c'est la durée d'exploitation des films. Pourrait-on envisager une sorte d'engagement ou de règle qui fasse en sorte que les films restent à l'affiche assez longtemps pour pouvoir bénéficier du bouche-à-oreille ? On sait que celui-ci reste le moyen le plus efficace (en termes de rapport qualité/prix) d'attirer les gens dans les salles
Peut-on envisager un modèle économique alternatif ?
Catherine Lemaire :
Cette politique existe déjà chez certains exploitants. Aux Grignoux, nous ne programmons aucun film moins de 4 semaines. En échange cependant, les producteurs doivent accepter la multiprogrammation.
Bruno Plantin-Carrenard :
On le fait aussi chez UCG, et on passe aussi par la double programmation. Eldorado par exemple est resté 14 semaines à l'affiche. Il faut juste avoir en tête deux données :
- 380 films sortent chaque année, et le nombre d'écrans n'augmente pas
- On est subordonné au choix du public, on ne peut pas le forcer à aller voir des films, parfois ça marche, parfois moins.
Par ailleurs, d'autres données entrent en ligne de compte, le nombre de copies par exemple, qui peut être trop peu élevé, et empêcher de profiter d'une sortie nationale. Par ailleurs, la chronologie des medias joue aussi son rôle. Aujourd'hui, certains films sortent en DVD 3 mois après leur sortie en salles
Ca ne facilite pas une exploitation de longue durée. Même si ce n'est pas forcément le cas des films belges, qui sortent souvent en Belgique sur leur premier territoire, le public a désormais en tête que les films sortent souvent à la location (voire au piratage) 3 mois seulement après leur sortie salle, il est donc prêt à attendre.
Philippe Reynaert :
On doit tenir compte des règles du marché, il existe deux systèmes d'exploitation très différent, le système commercial, et le système « Art et Essai ». Ce qui m'étonne moi, c'est que les Grignoux soient si seuls à défendre correctement le système « Art et Essai ».
Stephan De Potter :
A Bruxelles, l'Arenberg a essayé de mettre en place un système similaire à celui des Grignoux, même s'il est vrai que ça ne fonctionne pas vraiment. La situation de Bruxelles est particulière, il n'y a pas de pôle « Art et Essai » tel qu'on le définit ailleurs, car l'UGC y a le monopole de la VO. La volonté de travailler selon les règles de l'Art et Essai existe ailleurs, que ce soit à Mons et à Namur, mais les conditions sont tellement dégradées que ce n'est pas possible.
Philippe Reynaert :
On doit s'interroger sur l'attachement du public belge à son cinéma. Il existe deux régions en Europe où les cinématographies nationales ne fonctionnent pas. Ce n'est pas un hasard, il s'agit de la Communauté française de Belgique, et de l'Autriche. Il faut oser parler du problème identitaire. On travaille sur ce sentiment de fierté depuis 8 ans avec Wallimage. En février, on organise des journées portes ouvertes, avec des projections bien sûr, mais aussi des visites d'entreprises, de lieux de tournage
On organise tout un weekend sur la fierté que l'on a à faire du cinéma dans la région. Il faut savoir parfois ranger sa pudeur au placard. Si la fierté est là, les medias suivront, même si on n'a pas de Wallons Connus. Aujourd'hui, la RTBF est fascinée dès que la moindre star de seconde zone française traverse la frontière pour venir tourner chez nous.
Eliane Dubois :
L' « être belge » n'est plus une plus-value aujourd'hui. On ne doit pas se voiler la face sur la façon dont le public perçoit le cinéma belge. Il est très fier que son cinéma remporte des prix dans les festivals internationaux, mais il pense que son cinéma est un cinéma fauché, ancré dans le social, dur... Cette supposée noirceur n'est pas dans l'air du temps, et ne colle pas aux envies d'une grande partie du public, qui va vers la légèreté.
Denis Delcampe :
On manque cruellement d'une certaine forme de chauvinisme, et c'est un travail de longue haleine.
Eric Franssen :
Cette image du cinéma belge est par ailleurs complètement fausse. Il y a des films sociaux, très bons, mais il y a aussi des films comme Eldorado, Rumba, Vinyan. Aujourd'hui, on ose les films de genre. C'est un peu comme pour les fromages, il faudrait communiquer sur la diversité des films belges.
Joachim Lafosse :
L'une des autres pistes à travailler, c'est le rapport à l'enseignement. Enseignement et cinéma sont subventionnés par la Communauté française, et il faudrait travailler à (re)construire des liens. On pourrait nommer un médiateur, chargé d'informer les professeurs, les élèves, les écoles, sur l'existence de films illustrant des problématiques abordées en cours. On pourrait offrir, en plus des projections, des débats avec les auteurs, les acteurs... Il faut restructurer le rapport entre le cinéma et les écoles en Communauté française. On est en train d'y travailler actuellement sur Elève Libre, et on n'a pas d'autre choix que de gesticuler, par manque de structure.
Eliane Dubois :
C'est un sujet dont on parle au sein du comité de concertation, mais c'est extrêmement complexe, déjà du point de vue administratif, les professeurs doivent obtenir des autorisations de sortie, etc. Par ailleurs, il faut proposer un véritable accompagnement pédagogique du film, sans quoi les professeurs se sentent démunis. Enfin, l'offre d'activité est extrêmement grande pour les professeurs, et alors qu'une sortie au théâtre est considérée comme « culturelle », le cinéma lui est vu comme un pur divertissement.
Stephan De Potter :
Quand en plus on projette les films dans de mauvaises conditions aux élèves, il ne faut pas s'étonner après qu'ils préfèrent le cinéma « chez eux », en DVD.
Bruno Plantin-Carrenard :
Il est très difficile de mobiliser les écoles. On organise de temps en temps des leçons de cinéma, et on s'aperçoit que même pour motiver des élèves d'école de cinéma, ce n'est pas gagné. On fait des séances gratuites, de 400 places, et on n'a même pas 100 personnes
Eric Franssen :
Il faut réfléchir en fonction des publics visés, et on peut imaginer des actions très locales. Le Ministère de la Communauté française et celui de la Région Wallonne, ça représente 8.000 personnes. On pourrait déjà essayer de sensibiliser ce public, qui devrait se sentir concerné.
Eliane Dubois :
Il ne faut pas non plus oublier que travailler avec les écoles, c'est former les cinéphiles de demain. Il faut donc travailler dès le plus jeune âge.
Eric Franssen :
J'insiste sur le fait qu'il est très dur de faire sortir les professeurs des écoles. Je sais que ce n'est pas satisfaisant, mais le DVD, c'est déjà un début. Les 5 films vus par les jeunes pour le Prix des Lycéens, bien qu'ils les aient vus en DVD, ce sont 5 films qu'ils n'auraient jamais vus autrement.
Bruno Plantin-Carrenard :
Pour en revenir aux salles, on s'aperçoit aussi que les salles liégeoises fonctionnent bien, car elles ne s'en tiennent pas aux limités strictes de l'Art et Essai, elles élargissent leur offre.
Stephan De Potter :
De toutes façons, les films de Klapisch sont considérés comme des films commerciaux en France, alors que ce sont des films Art et Essai à Namur.
Bruno Plantin-Carrenard :
L'éducation à la culture est un vrai problème. On s'aperçoit aujourd'hui que Kinepolis, qui uvre depuis 20 ans déjà en Belgique, s'est approprié l'image de ce qu'est aujourd'hui le cinéma aux yeux du grand public, c'est-à-dire du divertissement pur, un cinéma de loisir. Certains résistent, à Liège ou à Bruxelles, mais ils font figure d'exception.
Catherine Lemaire :
On note également que les subsides consacrés à l'organisation de matinées scolaires diminuent chaque année...
Philippe Reynaert :
Pour autant, Kinepolis en Flandres est un véritable véhicule pour le cinéma flamand, et pas seulement le cinéma commercial. Il soutient par exemple les films de la série « Faits Divers », comme Aanrijding in Moscou.
Stephan De Potter :
Ca ne marche pas à tous les coups non plus, Unspoken de Fien Troch est sorti au Kinepolis en Flandres, et n'a pas du tout fonctionné.
Philippe Reynaert :
On devrait s'entendre sur ce qu'on entend par Art et Essai. Je parlais de Aanrijding, car je considère que ce n'est pas parce qu'un film est produit par VTM que c'est forcément un gros film commercial.
Thierry Vandersanden :
C'est vrai que Anrijding était un vrai pari pour Kinepolis : il n'y a pas de star, c'est un film en dialecte
Le film a été transformé en produit, après réalisation.
Philippe Reynaert :
L'étiquette Art et Essai ne doit pas être un handicap. Cf exemple de Miel Van Hoogenbemt dont tout le monde se souvient.
Joachim Lafosse :
J'ai l'impression qu'on en vient à dire que le problème du cinéma belge francophone, ce sont les frères Dardenne, qu'ils ont plombé l'ambiance
C'est quand même paradoxal, on devrait en être fier !
Philippe Reynaert :
C'est dur à dire, mais ce n'est pas tout à fait faux... On a connu un vrai changement de perception dans les années 90. Avant, le cinéma belge, c'était chiant, et puis ont débarqué Toto le Héros, C'est arrivé près de chez vous, Ma vie en Rose, les films de Corbiau. Et tout à coup, on était fier de nos films, il y avait même un semblant de « pipolisation ». Et puis Rosetta a reçu la Palme d'Or. Ca a été un formidable déclencheur pour la production et la qualité des films, mais le succès récurrent des films des Dardenne a quelque peu occulté la diversité de la production belge.
On pourrait par exemple faire connaître les visages de ceux qui font notre cinéma en faisant des Prix Joseph Plateau francophones, accompagnés d'une émission de télé populaire. On a proposé ça à l'époque, et les cinéastes se sont opposés, parce qu'ils voulaient un prix national, et pas communautaire. Mais on n'est pas un pays sur le plan culturel, ou du moins sur le plan télévisuel. Les flamands viennent de créer leurs prix du cinéma flamand.
Luc Jabon :
On doit hiérarchiser les objectifs finaux de ces réunions :
1/ Objectif à long terme : susciter et nourrir la fierté du public. La question est de savoir comment intéresser le public, quand on voit que même les étudiants en cinéma se désintéressent du cinéma belge. La fierté nationale cinématographique ne doit pas être un étendard idéologique, mais un partage du sensible, pour reprendre les termes de Jacques Rancière (Le Spectateur Emancipé).
2/ Objectif à moyen terme : mettre en place de nouvelles pratiques éducatives et pédagogiques. Pour ce faire, les conditions de projection sont primordiales. Les élèves connaissent très bien les salles de l'UGC, par exemple, et ne se contenteront pas de moins. C'est une chose qu'on a négligé, les conditions, et on doit s'interroger : quelles sont-elles ?
3/ Objectif à court terme : au niveau de l'exploitation. Peut-être à travers des actions peut-être plus ponctuelles et/ou locales.
Par ailleurs, on sait que nous évaluons dans un double contexte d'offre et de demande, et on doit se concentrer sur l'offre, pas sur la demande, car c'est la voie de la médiocrité.
Denis Delcampe :
Il est clair que l'on ne va pas demander aux auteurs de formater leur créativité. Mais en tant que producteur, on doit être conscient du genre de film qu'on développe, et tenir compte du marché. On ne peut plus faire aujourd'hui de films d'auteur pointus à 3 millions d'euros.
Joachim Lafosse :
En tant qu'auteur, on nage en pleine schizophrénie : d'un côté on nous félicite quand on fait un film qui va à Cannes, et parallèlement, on nous demande de faire des films qui satisfassent le public belge. Je suis, cela dit, d'accord sur la logique budgétaire à appliquer aux films Art et Essai.
Eliane Dubois :
Il est clair que l'on doit être lucide sur le potentiel commercial ou non des films.
Philippe Reynaert :
On doit défendre la diversité des films belges francophones. S'il y en a qui ne vont pas à Cannes, tant mieux, c'est peut-être parce qu'ils sont destinés à un autre type de public. On ne peut pas imposer tous les films au public.
Par ailleurs, on ne doit pas omettre de prendre en compte tous les aspects de la distribution : salles, mais aussi DVD, VOD, etc.
Luc Jabon :
La diversité existe, l'effort a déjà été fait au niveau de la production, il ne faut pas remettre ça en cause. Le maillon faible aujourd'hui, c'est la diffusion.
Eric Franssen :
Ce groupe de réflexion doit également être un lieu d'échange, afin d'informer tous les secteurs des évolutions en cours dans les autres secteurs. Informer les exploitants de la modification de l'aide à la promotion, par exemple. Il faut lister les propositions, voir ce qui est déjà pris en charge par d'autres groupes, et déterminer les priorités.
Philippe Reynaert :
Il faut également veiller à ne pas ostraciser les gens du « public » qui se sont intéressés à ces questions lors de la rencontre de Namur. On pourrait assurer un suivi en créant un blog, qui permettrait de mettre en ligne le fruit de nos réflexions de manière participative. Il faut leurs donner un aspect démocratique, qui les légitimisera, et ouvrir une fenêtre aux autres professionnels.
Pour mieux travailler, on peut également veiller en amont à préparer les réunions, en récoltant les chiffres significatifs, les travaux en cours...
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Michael - 06/03/2009 16:48 |


la promo, ou le manque de promo
Les commentaires sur la promo sont inquiétants. Prévoir un budget pour un film sans assez pour la promo revient à construire une voiture qui reste dans le garage faute d'essence.