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Loubna Abidar

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  • Vous avez remporté le Bayard de la Meilleur Actrice pour votre rôle dans Much Loved en 2015. Quel souvenir gardez-vous de votre venue au FIFF ?

Que du bonheur et beaucoup de rêve car la première fois que j’ai découvert le Festival, j’étais encore une « petite actrice » marocaine qui débarquait dans ce grand monde que je ne connaissais pas. J’y ai trouvé beaucoup d’amour, surtout de la part de Nicole Gillet (Déléguée générale du FIFF) qui est une femme merveilleuse. Elle a été là pour m’aider alors que j’étais une actrice blessée et rejetée par son pays. Ca a été une superbe rencontre ! Après avoir remporté le Bayard, ça a été magique. Même en rêve, je n’aurais jamais pu imaginer me retrouver un jour dans une compétition aux côtés de très grandes actrices. Je reviens pour la deuxième fois en FIFF en tant que jurée. Ce n’est que du bonheur, je n’ai même pas les mots pour exprimer ce que je ressens.    

  • Avez-vous déjà eu l’occasion d’être jurée dans des festivals de cinéma ?

Oui, c’est la dixième fois que je suis jurée. J’ai fait la majorité des festivals français. Je suis très contente que les gens me donnent la chance de prendre part à des jurys.

  • Comment envisagez-vous votre rôle de jurée ?

C’est un jeu que j’adore ! D’abord, on a le temps de voir des films que beaucoup de personnes ne peuvent pas regarder en salle. Être juré permet de faire de belles rencontres et de voir l’image autrement. C’est un très bon exercice, on y apprend beaucoup de choses, on essaye de comprendre ce que le réalisateur veut dire à travers certains détails. Je prends ce rôle à cœur car réaliser un film n’est pas facile. C’est un travail qui demande des mois, voire des années, de travail. En tant que juré, il faut donner du temps et de l’amour à tous les films qu’on visionne. Celui qui gagnera un prix sera celui qui parviendra à nous convaincre sur différents points. C’est bien qu’il y ait plusieurs prix à décerner au FIFF parce que ça nous permet de nous faire plaisir et de récompenser différents  films.

  • Y-a-t-il un film que vous pourriez regarder sans jamais vous lasser ?

Non. Il m’arrive de regarder un film deux ou trois fois, mais uniquement s’il y a quelque chose que je n’ai pas compris. Je suis très curieuse et comme j’ai un ami qui travaille dans le cinéma, je lui demande parfois de regarder un film avec moi pour m’expliquer ce que je ne comprends pas. Je ne regarde pas un film juste pour le plaisir de le revoir. Mais il y a tout de même des films qu’on regarde et qui, dix ans plus tard, nous restent toujours en tête. Dans ce cas-là, c’est que c’est un très bon film ! Par exemple, j’ai vu Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu quand j’étais jeune et, aujourd’hui encore, je garde toujours des images de ce film dans ma tête.   

  • Quel est le film qui a marqué votre enfance ?

Mon histoire est un peu particulière. Je la raconte d’ailleurs dans mon livre La Dangereuse. Au Maroc, pour l'ancienne génération, les femmes qui font du cinéma sont des prostituées. Il n'y avait donc pas une culture du cinéma quand j'étais plus jeune. Par-contre, chaque jeudi soir, un film était diffusé à la télévision. Soit c’étaient des films de Louis De Funès, soit des films égyptiens de Youssef Chahine. Quand, petite, j’ai vu pour la première fois les actrices qui jouaient dans les films de Youssef Chahine, j’en suis tombée amoureuse. Je rêvais de faire la même chose qu’elles, mais je ne savais pas que c’étaient des actrices car ma mère et ma grand-mère n’arrêtaient pas de les traiter de prostituées. C’est pour ça que le jour où mon oncle a demandé à chacun des enfants de la famille ce qu’ils voulaient faire plus tard, j’ai répondu spontanément que je voulais devenir une prostituée connue dans le monde. 25 ans plus tard, j’ai réussi ce rêve ! Mais de métier ne s’appelle pas prostituée, il s’appelle actrice !

  • De quand date votre premier souvenir face à  une caméra ?

Je me rappellerais toujours de mon premier rôle dans une série télévisée marocaine pour lequel je devais interpréter une journaliste maniaque complètement folle. C’était une série de 30 épisodes et sur trois épisodes, je jouais dans deux séquences. Par après, je suis apparue dans trois épisodes complets, puis dans quatre, puis dans des téléfilms, etc.
Au Maroc, les réalisateurs m’ont toujours appelée pour jouer des rôles de femmes chics, de danseuses orientales ou de femmes qui font du mal aux hommes, à cause de mon corps et parce que je n’ai pas de problème à porter des minijupes, des robes, etc. contrairement à la plupart des actrices marocaines.

  • Quel est le rôle que vous rêvez d’interpréter ?

Il y a beaucoup de rôles que je rêve de jouer, c’est pour ça que je suis actrice. J’ai envie d’être toutes les femmes de la planète, j’ai envie d’essayer plein de choses différentes.

  • Continuez-vous à aller régulièrement au cinéma ?

J’ai la chance de faire partie des membres de l’Académie des César donc je reçois tous les coffrets des films. Quand j’en ai l’occasion, j’assiste aux avant-premières des films de mes amis. Mais comme je voyage beaucoup, ce n’est pas toujours facile. C’est pour ça que, dès que j’ai un peu de temps, j’en profite pour voir des films. Pour moi, il n’y a pas de bons ou de mauvais films. Quand il y a un film qui sort, je dois le voir !

  • Parmi les films que vous avez vus en 2017, quel est celui qui vous a le plus marquée ?

Il y a beaucoup de films qui m’ont marquée en 2017 et que j’ai vus dans les festivals. Le dernier film que j’ai vu et qui m’a touchée, c’est le film palestinien d’Elite Zexer La Tempête de sable.

  • Quels sont vos projets dans les semaines et mois à venir ?

Je viens de terminer une série de Arte réalisée par Philippe Faucon. Trois mois après que le tournage se soit terminé, il m’a rappelée pour me proposer de refaire un film avec lui. Même s’il m’avait appelée pour tourner durant une seule seconde, je l’aurais fait car que c’est un réalisateur pour qui j’ai beaucoup d’amour et de respect. Je vais donc tourner son prochain film Amine et puis réaliser une websérie. Je suis quelqu’un qui a besoin de bouger, de travailler. Parfois, je fais de bonnes choses, parfois de mauvaises choses qui ne sont pas des réussites, mais ce n’’est pas grave. L’essentiel c’est de bouger ! Un producteur de musique m’a également contactée pour réaliser un single et un clip. J'ai accepté, j'aime l'idée que personne ne m’attende là.